Article du site de Monsieur Philippe Karl sur l’équitation moderne

 

Un article que je trouve très raisonné et expliqué de Monsieur Philippe KARl qui parlait déjà d’une équitation plus juste et qui à l’heure d’aujourd’hui évolue vers une plus grande cohérence en matière de mécanique du cheval et d’une connaissance plus approfondie du cheval… Beaucoup de chevaux jugés difficiles ou ne suivant pas les critères de l’équitation dite « classique » peuvent devenir de très bon partenaire grâce à quelques réflexions.

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« MAIN BASSE » sur la culture équestre

Réponse de Philippe KARL à l‘article « MAIN HAUTE, MAIN BASSE » publié par Michel HENRIQUET dans « CHEVAL MAGAZINE » de Juillet 2005

Cher Monsieur,

Résumons votre pensée: l‘emploi de la main haute est « inepte…. navrant… stupide… ubuesque »; tandis que la main basse confine à la panacée équestre. Moi dont les amateurs de concepts réducteurs et de jugements expéditifs font un apôtre de la main haute, je me fais un devoir d‘éclairer votre lanterne. Cela dit, permettez qu‘aux arguments simplistes et aux qualificatifs désobligeants, nous substituions rigueur technique et sérénité.

La Fin et les Moyens

Se limitant à une étude sélective et partisane des grands maîtres, méconnaissant les réalités du cheval (anatomie, physiologie, équilibre, locomotion, psychologie, etc…) et obnubilé par ses objectifs rectangulaires, le dressage actuel confond régulièrement la fin et les moyens. « En dressage, le grand écueil est la manie de s‘en prendre aux effets au lieu de rechercher leurs causes pour les modifier. » (E. BEUDANT)
Dans une mise en main complète, le cheval abouti peut être présenté mains fixes et basses (relativement à son attitude, de toutes façons). Il s‘agit de PRÉSENTATION (texte F.E.I).
La vraie question est: comment éduquer le cheval à la main du cavalier et l‘amener sans artifices à une vraie mise en main? Là, nous traitons enfin de DRESSAGE. Point n‘est besoin d‘étudier la logique en SORBONNE pour comprendre qu‘une fin, aussi valable soit-elle, ne peut à la fois tenir lieu de moyen.

L‘apprentissage de la main

Prenons un cheval vierge, qu‘aucun enrênement n‘a contraint… et dressons-le.
Le filet peut agir, soit sur la langue (mains basses), soit sur la commissure des lèvres (mains hautes).
Selon leur conformation et leur tempérament, les chevaux cherchent à échapper à la main, soit en tirant par simple ouverture de la nuque, soit en pesant, soit en renversant l‘encolure. Tout le monde ne peut pas s‘offrir des chevaux qui naissent à demi dressés.

Option « MAIN HAUTE »

  • Cheval qui tire en s‘ouvrant

S‘assurer d‘abord que l‘élévation lente des deux mains, remontant la commissure des lèvres, provoque la mobilisation de la langue et de la mâchoire inférieure (déglutition amenant la DÉCONTRACTION de tout le massif antérieur). Puis, soutenir la main intérieure pour associer à la cession de mâchoire une flexion latérale prononcée de l‘encolure (dans ces conditions, deux doigts suffisent). Anatomiquement incompatible avec le blocage de la nuque, cette flexion latérale amène une extension d‘encolure qui rapproche le chanfrein de la verticale (pour peu que le cavalier sache rendre). Avec méthode, d‘abord à pied puis en selle, à l‘arrêt puis au pas, au trot et enfin au galop… dans l‘ordre, le cavalier décontracte, assouplit, étend et arrondit son cheval. Il étend la ligne du dessus et peut ainsi gérer le mouvement en avant.

  • Cheval qui pèse à la main

Toujours agissant vers le haut sur les commissures, par des demi-arrêts, remonter la base de l‘encolure pour rééquilibrer le cheval jusqu‘à annuler l‘appui et provoquer une cession de mâchoire. Ensuite, par des flexions latérales, rechercher une extension d‘encolure soigneusement limitée au maintien d‘un simple contact avec une mâchoire liante. Revenir aux élévations d‘encolure chaque fois que nécessaire. La mise en main ne peut s‘étudier dans le déséquilibre.

  • Cheval qui refuse le contact en renversant l‘encolure

Il passe au-dessus de la main? Porter les mains au dessus de la bouche pour établir un contact franc sur les commissures (sans douleur). Au-delà de la cession de mâchoire, si le cavalier augmente graduellement la tension des rênes vers le haut, il amène progressivement le cheval à les prendre vers le bas et l‘avant. Le cavalier rend en proportion, en maintenant le contact (comme il le ferait au dessus d‘un obstacle). Par extension contrôlée de l‘encolure, le cheval apprend à tendre ses rênes et réorienter sa ligne du dessus. Cette première étape confirmée, le travail rejoindra le cas n° 1.

Nota Bene

Dans tous les cas, chaque concession du cheval est ponctuée d‘une DESCENTE DE MAIN. Le contact s‘établit alors, léger, avec une langue mobile dans une bouche vivante. Comment pourrait-il y avoir DESCENTE de main sans ÉLÉVATION préalable de ladite main? Rappelons qu‘étymologiquement, DOMINER signifie: se placer au-dessus. Ainsi le linguiste confirme-t-il à l‘écuyer que la domination du cheval par des mains basses, est une offense faite à la langue (l‘esprit et la lettre se tenant par la main, voilà qui est réconfortant!)
Avec les progrès de la mise en main, les interventions du cavalier se miniaturisent jusqu‘à devenir invisibles. C‘est donc la stabilité de la tête qui autorise la fixité de la main et non la seconde qui force la première.

Dans la pratique

En s‘appuyant sur ces principes pour l‘étude initiale de la mise en main, le cavalier se trouve en adéquation avec la magistrale définition du général L‘HOTTE: « Le ramener ne se concentre pas dans la position de la tête, il réside tout d‘abord dans la soumission de la mâchoire, qui est le premier ressort recevant l‘action de la main. Si ce ressort cède avec moelleux, à l‘action qui sollicite son jeu, il entraînera la flexibilité de l‘encolure et provoquera le liant des autres ressorts ». Cette application raisonnable des apports de BAUCHER s‘avère aussi douce qu‘efficace car elle respecte la nature du cheval, l‘éduque au lieu de la contraindre.
J‘en ai l‘expérience à raison de 200 à 300 chevaux de toutes sortes par an et ce depuis bien des années: ces procédés donnent tranquillement des résultats rapides. Les élèves réussissent « haut la main » (sic), là où bien des tenants du système officiel (professionnels inclus) avaient « baissé les bras » (re-sic). Certes, bien des cavaliers usent maladroitement ou mal à-propos de procédés dans lesquels ils ne voient que de simples trucs. Pour autant, ne jetons pas le bébé avec l‘eau du bain. Ils ont au moins le mérite et l‘élégance de chercher à se passer de moyens autoritaires (rênes fixes, etc…). Enfin, aucune méthode n‘a le monopole de la maladresse, n‘est ce pas?

Que nous impose le dressage officiel? Les sacro-saintes « mains basses ».

Option « MAINS BASSES »

En raison d‘un concept simpliste de la mise en main, réduit à la flexion inconditionnelle de la nuque (fin et moyen), le cavalier fixe des mains basses (d‘aucuns vont jusqu‘à s‘accroupir sur le cheval pour planter leurs mains à hauteur de leurs genoux). Elles agissent grossièrement sur la langue (organe hypersensible). Le cheval tente d‘échapper à cette douleur en passant au-dessus de la main. Le cavalier résiste (quand il ne tire pas) et pousse pour compenser les effets pervers de ce frein à main. Un cercle vicieux s‘amorce. On connaît la suite … palliatifs en tous genres. Du seul fait qu‘elle requiert un emploi systématique d‘instruments de coercition (rênes fixes à la longe, rênes allemandes, muserolles spécialement conçues pour être verrouillées à bloc, gourmettes serrées, etc…), cette conception se condamne d‘elle-même.
Que vaut le pédopsychiatre qui, sans mettre en cause les parents, prescrirait de contrôler l‘enfant turbulent en le bâillonnant et l‘attachant à sa chaise? Il est un dangereux charlatan… Surtout s‘il se trouve soutenu par la Faculté! Dommage, car le dressage s‘ennoblit chaque fois qu‘il aboutit à plus de connaissance du cheval et moins d‘instruments de contention, plus d‘intelligence équestre et moins de force.
Le recours systématique à des mains basses dans le dressage du cheval ne fournit aucune explication intelligible. Ce dogme à la mode ne trouve qu‘une justification, à la mesure de ses ambitions: reproduire et prolonger l‘effet des rênes fixes pour fermer la nuque, au mépris de tout le reste. A terme, les chevaux finissent presque tous encapuchonnés (ce que tous les grands maîtres signalent comme une faute majeure). Faute de mieux, le dressage actuel en fait un système. Au total, cette panacée des « mains basses » s‘avère un poison mortel pour l‘art équestre.

Mais tout va bien, car comme le disait Paul VALERY: « L‘homme jugé compétent est celui qui se trompe selon les règles ».

La GUÉRINIÈRE à la rescousse !

En mal de légitimité historique et de caution artistique, les « dresseurs » revendiquent volontiers l‘héritage de ce monument classique. Hélas! Ils l‘étudient en troquant les lunettes pour des ciseaux et ne retiennent de lui que ce qui semble servir leurs à priori. Cela relève au mieux de la légèreté (pas celle qui nous intéresse) et au pire de la malhonnêteté intellectuelle.

« Mains fixes et basses »… lui fait-on dire ?

Lisons le Maître:
« Le bridon n‘appuie que sur les lèvres et peu sur les barres… il est bon pour les chevaux qui pèsent à la main, portent bas et s‘arment, pour les RELEVER. »
« Le premier effet qui est de rendre la main pour aller en avant est un mouvement qui se fait en la BAISSANT et en la tournant un peu les ongles en dessous. La seconde action qui est de SOUTENIR la main, se fait en rapprochant la main de l‘estomac et en la LEVANT les ongles un peu en haut. Cette dernière aide est pour ARRÊTER un cheval ou marquer un DEMI-ARRÊT, ou bien pour le RECULER… »
« Le troisième effet de la main, est de tourner à droite EN PORTANT LA MAIN DE CE CÔTÉ… le quatrième effet est de tourner à gauche EN Y PORTANT LA MAIN… »
« Il est aisé de remarquer qu‘un cheval obéissant à la main est celui qui LA SUIT DANS TOUS SES MOUVEMENTS… »
Et le bon maître d‘enfoncer le clou: « Tout cavalier qui ne connaît pas l‘usage des rênes de la bride, travaille sans règle et sans principe ». De ce point de vue, l‘équitation western est bien plus proche de La GUÉRINIÈRE que le dressage officiel.

Ce sont également des similitudes entre La GUÉRINIÈRE et la 2ème manière de BAUCHER, que par sectarisme on s‘applique à tenir sous le boisseau!

Il y en a bien d‘autres:

  • la recherche de la descente de mains et de jambes
  • le rejet des enrênements: BAUCHER ne veut pas de ces « machines », La GUÉRINIÈRE « nie toute utilité » à ces « lanières ».

C‘est avec pertinence que le Général DURAND a dit qu‘en greffant un bauchérisme raisonné sur l‘école de la GUÉRINÈRE, on aboutissait à ce que l‘équitation française a produit de plus juste.
Malheureusement, paresse intellectuelle et panurgisme à la clef, notre enseignement renie ses meilleures racines et s‘aligne sur le pire pour être « dans le vent ».

MISE EN MAIN et RASSEMBLER

Lier le concept de mise en main à l‘état d‘équilibre du cheval: voilà une excellente idée! Voyons sérieusement la question. Non pas en assénant de ces formules ésotériques et mondaines dont le dressage a le secret, mais en remettant les pieds sur terre (ce qui ne saurait nuire à l‘équilibre!).

Étudions cet article du « CHEVAL MAGAZINE » de novembre 2004, publié sous le titre « LA LÉGÈRETÉ, DE LA MISE EN MAIN AU RASSEMBLER » et illustré de la photographie ci-reproduite (elle n‘est pas le fruit d‘un malencontreux hasard, car il en eut bien d‘autres du même tonneau).
L‘étude qui suit résulte de calculs simples qui s‘appuient sur des données expérimentales bien connues (Général MORRIS – Capitaine de SAINT PHALLE):

  • En station libre et port naturel, la surcharge des antérieurs est en moyenne de 1/9 de la masse.
  • Les 2/3 du poids du cavalier assis sont assumés par les antérieurs.
  • Partant de l‘attitude naturelle, selon que l‘encolure s‘étend ou se relève, elle transfère entre 1/20 et 1/25 de la masse vers les épaules ou vers les hanches.

      
(-20 kg) ramener correct
(point zero) attitude naturelle

(+10 kg) encapuchonnement
(+20 kg) extension d’encolure

En admettant que le cheval fasse 450 kg et le cavalier 75 kg, on obtient les chiffres suivants:

Antérieurs

Postérieurs

Surcharge des antérieurs

Cheval seul, station libre

250

200

1/9 ⇒ 50 kg

Monté

 300 (+50)

 225 (+25)

75 kg ⇒ 1/7

NB:
Poids sur les antérieurs (P ant) = 4/7 du poids total
Poids sur les postérieurs (P post) = 3/7 du poids total

P ant             4
Donc,    ————  =   —-
P post           3

Cela signifie que dans le polygone de sustentation, le centre de gravité tombe à 3 unités des appuis antérieurs (L ant) et à 4 unités des appuis postérieurs (L post).

P ant           L post
Sachant que      ———-   =   ———
P post           L ant

et que pour « piaffer », votre cheval raccourcit ses bases de 1 unité par les postérieurs et 1,5 unités par les antérieurs… il est aisé de chiffrer son état d‘équilibre:

P total x L post           525 kg x 3
P ant  =  ———————   =   —————–  =  350 kg
L ant + L post                   4.5

Sachant par ailleurs que, se situant à mi-chemin de l‘attitude naturelle et de l‘extension d‘encolure, l‘encapuchonnement transfère environ 10 kg vers les antérieurs… on aboutit à ce qui suit:

Antérieurs

Postérieurs

Surcharge des antérieurs

Piaffer de la photo (aplombs)

350

170

+ 175

+ encapuchonnement

355

175

+ 185 kg

NB: La planche suivante montre ce que devrait être un authentique piaffer (silhouette verte).